Confession d’une overachiever (ou le pourquoi du comment, sans but particulier)

IMG_4141Pour n’importe qui ayant pris la peine de lire quelques lignes de mon journal, il est facile de voir que toute ma vie j’ai mené un combat plus ou moins intense avec moi-même. J’ai toujours eu le sentiment de ne jamais vraiment bien m’inclure nulle part, de ne pas avoir une place toute taillée. J’ai décidé de devenir une artiste du tatouage car c’était le meilleur choix de vie pour exprimer et justifier ma différence. J’avais besoin de me permettre et de permettre aux autres d’être qui ils sont, dans un lieu sans jugement, où nous avons tous notre place avec notre différence et je pense que j’ai bien accompli cela.

Mais les faits restent. Je n’ai jamais senti que je m’incluais parfaitement bien dans l’industrie du tatouage non plus. Je sens que mes valeurs, mes intérêts, mes motivations et ma façon de penser sont différents à plusieurs degrés de ceux de mes collègues tatoueurs et, alors que je peux passer incognito dans une pièce pleine de mes pairs dans une convention, je ne me sens toujours pas à ma place. J’ai aussi souvent l’impression que je ne mérite pas la reconnaissance que je récolte. Je souffre parfois du syndrome de l’imposteur et bien que je puisse techniquement utiliser une machine à tatouer et que j’ai réussi avec le temps à pondre certaines pièces dont je suis pas pire fière, je ne me sens pas comme une « vraie » artiste. Pas comme certains artistes que je vois travailler sur les réseaux sociaux à tous les jours.

Pour comprendre ce sentiment, il me faut faire un pas en arrière et contempler mon histoire avec détachement. Quand je considère mon développement artistique enfant, puis adolescente, puis étudiante au collège, je constate que j’ai toujours été une “designer”. J’ai étudié le design graphique à l’école et j’ai performé avec une grande facilité. Par conséquent, j’approche le tatouage comme j’approche la conception d’un logo ou d’un dépliant. Par culpabilité, j’ai presque complètement arrêté de dessiner par plaisir pour moi-même avec le temps. Je VOUDRAIS dessiner, mais étrangement tout le reste semble plus important : la comptabilité, le management, le ménage, les dessins des clients, m’occuper des petites et grosses choses de la vie. Maintenant je fais ce que je fais et j’essaye de ne pas me comparer.

Dans mon journal j’ai aussi parlé en long et en large de mes problèmes et solutions par rapport à ma culpabilité chronique et les blocages que cela me cause. J’y ai travaillé très fort pendant plusieurs année et je considère aujourd’hui que je suis presque libre de ces démons mais il semblerait que pas encore tout à fait.

Il m’a fallu tomber enceinte au mois de décembre 2013 et faire quelques réflexions sur le genre de modèle que je voulais être pour mon fils. J’ai réalisé qu’être tatoueuse ou artiste n’était tout simplement plus suffisant et me laissait avec un vide. J’ai commencé à réfléchir sur ce qui me manquait pour sentir que je mérite d’être où j’en suis et me sentir accomplie. Puis je suis tombé par hasard sur une citation qui a littéralement été le dernier clou dans le cercueil. « Le meilleur temps pour planter une graine est dix ans passé. Le deuxième meilleur moment est maintenant. » Étrangement, à ce moment-là, ça faisait exactement 10 ans que je tatouais. J’ai réalisé qu’il n’y a rien de plus important à ce point-là que d’explorer mon plein potentiel. J’ai pratiquement eu l’impression d’accoucher deux fois simultanément : d’un nouvel être et aussi de moi-même.

La nécessité de me tailler ma propre place est devenue ma priorité. Concrètement, j’ai commencé à me demander comment rejoindre et allier tous mes talents et toutes mes forces en un seul et ultime projet. Après 2 ans de ups and downs, la solution s’est finalement présentée. J’ai alors décidé de me dédier complètement à mon projet VisionArt. J’ai quitté RubyCherry Shop pour finalement prendre le temps et l’espace nécessaire pour moi-même. Dans le processus j’ai blessé des gens que j’aime et j’ai aussi eu beaucoup de peine. Mais au bout du compte, on est vraiment libre que lors ce qu’on réalise notre liberté de penser et d’imaginer. Avant, je regardais ce qui se présentait devant moi et tentait d’imaginer ce que je pouvais en faire. Maintenant j’imagine ce que j’aimerais voir se présenter puis le regarde se manifester sous mes yeux.

C’est ce genre de valeur que je souhaite transmettre à mon enfant : qu’il n’y a aucune raison d’attendre pour ses rêves et qu’il n’y a aucune limite à ce qu’on peut accomplir. Je veux que mon fils devienne la meilleure personne qu’il peut être pour lui-même et par conséquent faire du monde un endroit meilleur.

VisionArt est le projet d’un seul homme (une seule femme) et représente tout ce que j’ai dans le corps, dans le cœur et dans l’âme. Il s’agit de juste moi, sans les masques, un peu weird mais pas méchante, qui vous accueille chez moi “as you are”, et qui donne ce que j’ai à donner en toute simplicité et toute honnêteté.

Merci d’être encore là après tout ce temps et de continuer d’apprécier mon travail.

Karine (Ruby)

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One thought on “Confession d’une overachiever (ou le pourquoi du comment, sans but particulier)

  1. Merci pour ton authenticité!
    Mon âme de lumière en goûte la sagesse!
    NAMASTÉ

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